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Haïti

Haïti : un cataclysme social, économique et politique… bien avant le séisme du 12 janvier 2010.

« La couverture médiatique du séisme se caractérise par une déconnexion quasi-totale entre le désastre et l’histoire sociale et politique d’Haïti. Ils répètent que le gouvernement n’était pas du tout préparé pour faire face à une telle crise. C’est vrai. Mais ils n’ont pas expliqué pourquoi ». Ashley Smith, « Avant et après le séisme : comment ils ont ruiné Haïti »

voir : http://www.cadtm.org/Comment-ils-ont-ruine-Haiti

Une économie totalement étranglée par les pays et les préceptes occidentaux

Dès les années 70, la politique de libéralisation prônée par la superpuissance locale (les États-Unis) a débuté. Haïti s’est retrouvé bombardé de produits agricoles issus des Etats-Unis. Les conséquences n’ont pas tardé : en 1970, le pays produisait 90 % de sa consommation alimentaire. Aujourd’hui, il en importe près de 55 % ! La paysannerie locale n’a plus eu qu’à mettre la clé sous la porte de sa « ferme » pour rejoindre les bidonvilles de grandes villes et venir augmenter une main d’oeuvre toujours plus abondante et, dès lors, de moins en moins chère.

Dès 1984, le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale ont obligé Haïti à libéraliser son marché. Tous les services publics ont dès lors été privatisés et les plus démunis n’y ont plus eu accès.

Sous la pression du FMI, Haïti s’est concentré sur quelques cultures destinées à l’exportation, délaissant certaines productions plus locales. Lorsque la crise alimentaire a débuté (2008), le pays l’a subie de plein fouet, assommant par-là une population qui se trouvait déjà à genoux. Pour s’en sortir, 25 000 haïtiens traversent la frontière pour aller travailler en République Dominicaine où l’économie est bien plus florissante. Mais à leur arrivée les haïtiens déchantent très vite : ils sont très souvent employés par l’industrie de la canne à sucre qui ne tarde pas à exploiter cette main d’oeuvre bon marché. On ne compte plus les rapports rendus par Amnesty International pour dénoncer les discriminations et les conditions de travail indécentes dont sont victimes les haïtiens.

Qu’on se le dise : on peut imputer une catastrophe naturelle au hasard mais la pauvreté du peuple haïtien, elle, découle de politiques économiques défendues par l’Union Européenne et les Etats-Unis, surtout. Dans ce contexte, on ne s’étonne plus du double langage tenu par les Etats-Unis qui, d’un côté, aident massivement Haïti mais qui de l’autre, n’hésitent pas à expulser les haïtiens installés irrégulièrement sur leur territoire.

Un chaos et une corruption politiques sans équivalent

Pendant près de 30 ans (1957-1986), Haïti s’est retrouvé sous le pouvoir de François Duvalier et celui de son fils, Jean-Claude. Leurs règnes furent marqués par un accaparement de tout l’argent public à leur seul profit. Il n’en allait pas différemment pour l’aide étrangère. Mais les Etats-Unis fermaient les yeux parce qu’ils voyaient dans ces dirigeants un contrepoids efficace au régime de Cuba.

En 1990, Jean-Bertrand Aristide, démocrate, est élu mais il est renversé l’année suivante par un coup d’état militaire soutenu par les Etats-Unis. En 1994, il sera « remis » à la tête du pays par les Etats-Unis. Aristide leur a en effet promis de se conformer à leurs décisions et au fil du temps, il se montrera l’égal de ses prédécesseurs : corrompu, tyrannique, … En 2000, le résultat des élections est contesté par la communauté internationale qui, en représailles, décide de geler l’aide prévue pour le pays. Cet embargo est évidemment dévastateur pour la population la plus vulnérable de tout le continent américain.En 2004, Aristide est acculé et forcé à l’exil.

En 2006, René Préval est élu à la tête de l’état. Depuis, la corruption et chaos semblent diminuer mais la résurgence de ces vieux démons est toujours possible…

Un système sanitaire au bord du gouffre

Cas de Sida Haïti Évidemment, les conséquences ont été immédiates et catastrophiques : Haïti présente une situation sanitaire atroce. On ne compte qu’1,2 docteur, 1,3 infirmière et 0,4 dentiste pour 10000 habitants !

En 2002, l’espérance de vie de la population s’élevait à moins de 50 ans et 40% de la population n’avait pas accès aux soins de base. Les épidémies se propagent à une vitesse démentielle : les taux d’infection par le VIH/ SIDA (entre 350000 et 500000 cas) et la tuberculose (première cause de mortalité infantile) sont de loin les plus élevés d’Amérique Latine. Sans parler de la typhoïde (contamination de l’eau) qui tue chaque année des milliers d’enfants haïtiens…(source du schéma des cas de sida : étude "Mise à jour des projections épidémiologique du VIH et du SIDA en Haiti" par Eric M. Gaillardhttp://www.policyproject.com/pubs/countryreports/impact.pdf)

Une dette odieuse …

Comme beaucoup de pays du Sud, la dette du pays est telle qu’elle empêche très souvent la mise en place de politiques publiques en faveur de la population. En 2008, la dette d’Haïti s’élevait à 1884 millions de dollars !

Comment expliquer une telle somme ?

D’une part, il y a la responsabilité des pays occidentaux (la France, en tête) : lorsqu’Haïti proclame son indépendance en 1804, la France l’accepte à condition que le pays lui verse une somme correspondant à 150 millions de franc-or (soit le budget annuel de la France de l’époque). Dès son indépendance, le pays est donc déjà très fortement endetté. Certains disent que sous la présidence de François Mitterrand (1981-1995), Haïti devait encore une partie de cette dette.

D’autre part, la succession de gouvernants corrompus a conduit au détournement de sommes qui dépassent l’entendement. Certains estiment que la fortune de la famille Duvalier représente près de 900 millions de dollars. Evidemment, cette somme dort bien au chaud dans les banques occidentales…
« Cet endettement, loin de servir la population qui s’est appauvrie, était destiné à enrichir le régime mis en place : il constitue donc une dette odieuse ». Eric Toussaint, Sophie Perchellet  [1]]

Aujourd’hui, l’Etat consacre 16 % de son budget annuel au remboursement de sa dette alors qu’il n’attribue à l’éducation que 8 %. Résultat ? A peine un enfant sur six est scolarisé … La dette du pays est complexe mais les pays du Nord en sont grandement responsables : la France, les Etats-Unis, … ont systématiquement exploité Haïti. La moindre des choses serait donc qu’ils annulent cette dette.

Nous avons aussi un rôle à jouer en faisant pression sur nos gouvernants et en vous invitant par exemple à signer une pétition qui demande l’annulation de la dette d’Haïti mais aussi des autres dettes « odieuses » de nombreux pays du Sud dont la situation n’a parfois rien à envier à celle d’Haïti.

Conclusion

Haïti a besoin du soutien de la population mondiale tant le séisme a été dévastateur : des milliers de personnes sont mortes, des centaines de milliers se retrouvent « à la rue », … Plus que jamais, il est donc important d’aider et de soutenir le pays. Notre intention était de rappeler que les pays occidentaux (nos pays donc…), leurs politiques économiques et la corruption des élites politiques ont mis ce pays à terre.

Certains exemples sont criants de vérité : en 2008 déjà, Haïti a subi l’enfer de quatre ouragans tropicaux mais alors qu’ils ont causé les mêmes ravages à Haïti et à Cuba, on décompte 793 morts dans le premier cas et 4 dans le second. La comparaison est douloureuse mais elle montre qu’à Haïti, tout est à reconstruire ou plutôt à construire puisqu’il n’y avait « rien ». Et c’est là que la société civile mondiale, les citoyens doivent être vigilants et faire pression pour que l’aide et le soutien apportés ne servent pas à rembourser la dette odieuse d’Haïti mais pour qu’au contraire, ils soient dirigés vers des ONG et associations qui ont des collaborations locales établies de longue date avec des partenaires haïtiens qui connaissent les réalités de leur pays, ses besoins et qui pourront faire en sorte d’atteindre une reconstruction durable du pays.

Nicolas Vandenhemel

[1] « Haïti : la dette de la première république noire doit être totalement annulée » [http://www.cetri.be/spip.php ?article1518&lang=fr]->http://www.cetri.be/spip.php ?article1518&lang=fr